Les dimensions oubliées

 

« S’ils avaient une solution dans la boîte – on l’aurait su… ». Un peu simpliste, mais une réalité pure et dure. Les solutions proposées le sont avec la même façon de penser qui a créé le problème – alors qu’Einstein nous invitait déjà à sortir de la boite et à chercher des solutions avec d’autres façons de penser que celle qui a créé le problème… qu’avons-nous donc appris ?

C’est clair, les solutions durables qui émergent déjà de cette remise en question globale et planétaire, sont issus d’un détour inhabituel : politiquement non corrects, bousculant les idées toutes faites, les conditionnements collectifs aveuglants, activant des zones dormantes du cerveau, mobilisant des ressources sous-utilisées,… c’est peu banal. De tous nouveaux modèles économiques et sociétaux se créent de façon naturelle et sont co-créés par les acteurs de terrain – par nécessité, et même parfois de façons naturelles. Les exemples se multiplient : Facebook, Google, l’Islande.

Le paradigme physique sur lequel nous avons construit notre système économique et financier a très bien fonctionné pendant des centaines d’années. Mais il ne fonctionne bien que dans un système dit « ouvert ». Ressources infinies – transformation – déchets – produit fini – décharge. Mais la globalisation a « fermé » le système – il nous fait toucher à ses limites. C’est comme si un capuchon hermétique était posé sur le bac à fleurs. Le système économique doit à présent trouver un nouvel équilibre, ne détruisant pas le biotope dans lequel il se trouve.

Mais… étant dans la nature de la nature de croître, de grandir, ainsi que dans la nature de l’homme, le « drive » reste vivant. Où alors pourrons-nous grandir, croître ? Sur d’autres planètes ? Peut-être. En tout cas certains en rêvent – mais ce n’est pas pour demain. Ici sur terre ? Certains prônent la décroissance… pas très excitant. Ce que je propose c’est effectivement une croissance dans des dimensions intérieures, invisibles, sur les dimensions qui rendent la vie et les affaires si passionnantes. Dimensions qui font précisément toute la différence dans les entreprises, équipes et vies individuelles ! Mais comment y accéder ?

Un détour s’impose. Celui des valeurs profondes, humaines, celles qui nous relient à la terre, au Bien Commun, aux autres, au vivant. Nous avons eu trop longtemps l’habitude de s’arrêter aux apparences, au matériel tangible et palpable, alors que 6/7 de l’iceberg est immergé, caché, portant la banquise émergée – lui permettant d’exister. De quoi va-t-on se souvenir vraiment, la veille de notre mort ? Les beaux moments de partage, la confiance, le rêve, la passion des projets et des équipes, le sentiment de contribuer à quelque-chose de bien, de laisser la terre un peu meilleure qu’à notre arrivée. Ces aspects si précieux sont précisément les qualités qui font d’une entreprise une entreprise excellente. Ces valeurs font toute la différence dans l’entrepreneuriat. La culture, les valeurs humaines, la RSE, les « soft skills », la gouvernance, La valeur immatérielle de l’entreprise représente en moyenne déjà plus de 80% de la valeur de capitalisation. Une fortune colossale. Un potentiel gigantesque cachant toute la valeur humaine ne demandant qu’à s’exprimer. Les succès-stories réussissent, non par hasard, mais après avoir investi du temps et des ressources dans ces dimensions non palpables – de façon consciente – jusqu’à les mettre dans leur ADN. Ces dimensions sont infinies, illimitées, et ne demandent qu’à être exprimées. Au plus grand bonheur des équipes, clients et partis prenants.

À l’image de la chenille ayant mangé beaucoup, arrivée à maturité, nous sommes invités à prendre un peu de recul, pour à l’intérieur de son cocon, se transformer en papillon – la société aussi, avec ses systèmes économiques, politiques, administratifs aussi, est invitée à se métamorphoser en papillon, en une société équilibrée dont nous seront fiers, pour et avec nos enfants et petits-enfants. L’enjeu est la mort et résurrection du système, des entreprises et systèmes sociaux, et peut-être de l’humanité toute entière. Ca va demander du courage, du discernement, du rêve, de la mobilisation. Les premières prémisses témoignent déjà d’un succès possible. Intelligence scientifique, intelligence de cœur, intelligence pragmatique combinés ouvrent des dimensions du possible. Mais il ne s’agit que de quelques % de la société, de la population qui est prête à cette démarche. Allons-nous réussir ? Pas certain. Mais toutes les pièces du puzzle de la réussite se trouvent déjà sur terre. À chacun de nous de les détecter, de les mettre ensemble comme un Légo, et d’expérimenter, d’abord en marge, ensuite dans les organisations entières.

Les « dimensions oubliées » existent depuis toujours. Elles ont été fermées partiellement ou entièrement, consciemment ou non, par une société braquée sur les apparences. Newtonienne, Cartésienne, elle nous a menés à une maturité qui nous oblige à les ré-ouvrir. Chacun pour soi, chaque entreprise, et ensuite par conséquences, l’humanité entière. Contrairement aux idées reçues, la responsabilité incombe non pas uniquement au dirigeants, mais surtout à la population elle-même. Il ne suffit pas de descendre dans les rues pour exiger des choses que le monde politique et le dirigeants ne peuvent même plus offrir, mais surtout de faire chacun pour soi le chemin de découverte de ses dimensions personnelles de talent, de rêve, d’existence, de vision, de raison d’être. Humblement. C’est un peu court d’exiger d’un certain « On », des solutions alors que l’eau est déjà arrivé au menton de toute l’humanité. Il arrivera un moment où chacun sera devant sa propre responsabilité de survie. Ce jour-là doit être anticipé par chacun, dans une optique constructive de contribution au bien commun. Plus tôt la réflexion est entamée, plus vite les solutions individuelles et collectives émergeront. Et… le problème de l’un deviendra la solution pour l’autre. Nous entrerons dans l’ère systémique inspirée de la logique d’équilibre naturel dans un système clos et limité. Chacun et chaque règne y trouvera sa place. Avec ou sans nous.

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