L’essor de la psychologie positive

La santé mentale, ce n’est passeulement l’absencede troubles psychiques Une autre approche générale de la psychologie positive est celle formulée par Corey L. M.Keyes, de l’Université Emory, dans l’Atlanta 12. La psychiatrie a traditionnellement considéré la santé mentale comme l’absence de maladies mentales, ce qui fait qu’il n’y a pas de critèresempiriques permettant de la mesurer et de la diagnostiquer.Pour C. Keyes, la santé mentale comporte deux grandes composantes : le bien-être (présence d’émotions positives et absence ou faible présence d’émotions négatives) et le fonctionnement psychosocial positif (acceptation de soi, relations positives avec autrui, croissance personnelle, sens à la vie, sentiment de compétence personnelle, autonomie). Ceci amène cet auteur à considérer la vie de certaines personnes comme étant « florissante » ou bien « languissante» ; d’autres enfin se situent entre les deux. Une enquête effectuée auprès de plus de troismille adultes âgés de 25 à 74 ans a permis de constater que 18 % bénéficiaient d’une excellente santé mentale (vie « florissante »), 65 %d’une santé mentale modérée et 17 % d’une santé mentale faible ou absente (vie « languissante») .Il y a logiquement une corrélation inverse entre la santé mentale (évaluée par les échelles utilisées par C. Keyes) et la maladie mentale (évaluéepar les classifications psychiatriques habituelles). L’enquête citée ci-dessus a ainsi montré que divers troubles psychiques sont bien moinsprésents chez les personnes en excellente santé mentale que chez celles en faible santé mentale. C’est le cas de la dépression majeure (6 fois moins fréquente), l’anxiété généralisée (26 fois moins), le trouble panique (17 fois moins) ou encore la dépendance à l’alcool (6 fois moins). Mais cetterelation inverse n’est pas systématique. On peut, par exemple, d’une part souffrir de dépression et d’autre part, avoir de bonnes relations sociales etestimer que sa vie a du sens. Cette recherche montre bien l’intérêt qu’il y a decompléter les recherches sur la psychopathologiepar d’autres sur la santé mentale.

La psychologie positive n’en est encore qu’à ses débuts. S’agira-t-il d’un véritable renouvellement des recherches et des pratiques thérapeutiques,ou bien l’engouement actuel sera-t-il de courte durée ? Seul l’avenir détient la réponse.

Jacques Lecomte

Docteur en psychologie, chargé de cours àl’Université Paris 10- Nanterre.

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